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Première
université d'été d'attac
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au 26 août 2000 , La Ciotat, Bouches du Rhône, France
Pour
la première fois depuis sa création, l'Association
pour la taxation des transactions financières pour l'aide
aux citoyens (Attac) organise ses premières universités
d'été; Ambiance studieuse dans la ville de La Ciotat.
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| COURS
DE RENÉ PASSET |
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Plan
détaillé du module 1
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Introduction
générale
Les approches libérales
se situent dans la plus étroite des trois sphères
1 . Pour les néoclassiques,
le libre jeu des mécanismes économiques
permet de réaliser spontanément l'équilibre
optimal du système
Optimal
en raison
Comment se forme
cet équilibre ?
2. Dans le schéma
keynésien, les forces du marché réalisent
un équilibre qui, dans les sociétés
modernes, est, le plus fréquemment, de sous emploi
3. Le système
marxien s'ouvre à la sphère sociale et aux
lois de l'évolution
a. Une contradiction
interne fondamentale : l'inaptitude du système
capitaliste à créer suffisamment de revenus
pour absorber ses propres productions
b. Cette situation
conduit à l'autodestruction du système.
4- La mutation contemporaine
met au premier plan la relation entre les trois sphères
(économique , sociale et naturelle)
Mutation
Changement de mode
d'organisation
Changement de mode
de régulation
Changement d'arbitrage
C'est de ces considérations
que le programme d'Attac tire son ampleur et sa cohérence.
Introduction
générale
On partira de la notion la plus générale
: Une activité raisonnée de transformation
du monde afin de satisfaire les besoins humains .
Raisonnée : tirer dune quantité limitée
de ressources, le maximum de satisfactions. On a pu comparer
cela à l'art de faire une valise . Robinson lui-même,
échoué sur son île, ne fait pas n'importe
quoi dans n'importe quel ordre : il assure d'abord sa
survie, puis ses besoins de confort, en commençant
par les choses les plus importantes.
Afin de satisfaire les besoins humains : l'homme
en est donc la finalité et il ne saurait y avoir
d'autre mesure du progrès économique que
le degré d'accomplissement de cette finalité.
Pour aussi simpliste quelle soit, cette première
appréhension permet de comprendre que trois sphères
sont en présence :
- la sphère naturelle ( ou biosphère) que
l'on transforme,
- la sphère, dite économique où s'effectue
cette transformation,
- la sphère humaine (ou socioculturelle) pour laquelle
elle s'effectue.
Une relation d'inclusion relie ces trois sphères
: l'économique s'inscrit dans l'humain qui, à
son tour, appartient à la biosphère (schéma
n°1). Il en résulte de très importantes
conséquences :
- les activités humaines et naturelles comportent
des dimensions extérieures à l'économie
et irréductibles à celle-ci : l'économie
ne peut donc prétendre les soumettre à sa
propre loi ni cependant les ignorer ( cycles bio-géo-chimiques
par exemple) sous peine de détruire les supports
de sa propre existence ;
- dans ses propres limites, la sphère économique
possède (par définition de l'inclusion)
les dimensions des sphères auxquelles elle appartient
: le travail n'est pas seulement une force qui s'échange
sur le marché, mais l'activité dune personne
qui a une vie psychique et sociale, et dont l'organisme
obéit aux lois de la biologie.
L'économie est donc une activité multidimensionnelle
appelant une pensée transdisciplinaire (trans
: à travers , ensemble et au-delà ).
Ce n'est vraiment que depuis le milieu du XVIIe siècle,
avec François Quesnay (Le Tableau économique,
1758) et l'école physiocratique, que
l'économie s'est constituée en corps de
pense autonome ; cette école est suivie de l'école
libérale à partir de la fin du XVIIIe siècle
(Adam Smith, fondateur de l'école : La Richesse
des nations,1776) et surtout pendant la première
moitié du XIXe : David Ricardo, Malthus, Jean-Baptiste
Say, John Stuart Mill... . En même temps se développait
une première contestation, que l'on peut qualifier
d'humaniste, soit au sein même de l'école
classique (Sismondi ) soit dans un premier courant socialiste
que Marx qualifiera d'utopiste : Owen, Fourier et surtout
Proudhon . Dans la seconde moitié du XIXe siècle,
la pensée marxienne se veut scientifique et se
développera à partir du Manifeste communiste
(1848) de Marx et Engels ; l'ouvrage fondamental de
Marx, Le Capital, sera publié soit du vivant
de celui-ci (tome 1 : 1867) soit après sa mort
(survenue en 1883), par Engels .
L'école néoclassique fait son apparition
dans le dernier quart du XIXe siècle : Carl Menger,
William Stanley Jevons, Léon Marie Walras ( Economie
pure:1873). Dans les prolongements contemporains
de cette école, parmi les auteurs les plus cités,
on trouve notamment Hayek et Milton Friedman...
Lors de la crise des années 1930, apparaît
La Théorie générale de l'intérêt,
de l'emploi et de la monnaie (1936) de Keynes.
Dans la mesure où il s'agit de dégager simplement
les conceptions fondamentales qui éclairent les
analyses actuelles, nous n'aurons pas ici à remonter
au-delà de l'école néoclassique.
Les approches
libérales se situent dans la plus étroite
des trois sphères
Walras s'inspire explicitement de la mécanique
newtonienne.
La nature, non menacée dans sa reproduction, est
un bien libre évacué de la sphère
du calcul économique (J.B.Say).
Les niveaux de vie étant proches du minimum vital,
le plus apparaît comme étant aussi le mieux
(Ricardo et le blé, Vilfredo Pareto et les courbes
d'indifférence).
Le problème est l'équilibre. De ce point
de vue, deux approches s'affirmeront:
1 . Pour les
néoclassiques, le libre jeu des mécanismes
économiques permet de réaliser spontanément
l'équilibre optimal du système
Optimal
en raison :
- de la division du travail (Adam Smith) qui permet à
chacun de se spécialiser dans les activités
pour lesquelles il est le plus doué, tant au plan
national qu'international (dotation en ressources : Ricardo);
- de la concurrence et du mécanisme des prix qui
assure spontanément, sur tous les marchés
(y compris celui du travail), l'équilibre de l'offre
et de la demande au prix le plus bas ; seuls sont exclus
ceux qui n'acceptent pas ce prix ( offreurs les moins
aptes ou demandeurs les moins motivés) ; il n'y
a pas de chômeurs, mais seulement des exclus volontaires
qui refusent le salaire auquel on pourrait les employer.
Cette approche est micro-économique, c'est-à-dire
que (conformément à la logique de l'horloge,
dans laquelle la même logique de la mécanique
s'établit à tous les niveaux) elle repose
entièrement sur les comportements individuels dont
la convergence est censée engendrer l'équilibre
général.
Comment se forme
cet équilibre ? (fig.2) :
Deux groupes d'agents principaux : les entreprises et
les ménages échangent des biens ou des services
( flux réels) contre de l'argent (flux monétaires)
; ces deux flux circulent en sens inverse les uns des
autres ( le monétaire est la contrepartie du réel).
- Les entreprises achètent aux ménages leurs
services productifs (flux réel) en contrepartie
d'un revenu (flux monétaire) ; elles combinent
ces moyens de production pour en tirer un produit fini
quelles offrent sur le marché.
- Les ménages achètent les marchandises
offertes par les entreprises (flux réel) et les
paient avec les revenus qu'ils ont perçus (flux
monétaires) ;
- Offres et demandes s'équilibrent nécessairement
en raison de la conception néoclassique de la monnaie
: deux fonctions seulement sont prises en compte (mesure
des valeurs , intermédiaire des échanges)
; la fonction de conservation des valeurs est négligée
sous prétexte qu'il serait irrationnel de la part
des individus de conserver par-devers eux des sommes inutilisées
(thésaurisation), alors que, par l'intermédiaire
du secteur bancaire, les entreprises leur proposent de
les emprunter moyennant un intérêt ; donc
les revenus perçus par les ménages sont
: soit consommés (C) , soit non consommés
(épargne E), et tout ce qui est épargné
est prêté pour se trouver investi (I) ; E
est donc toujours nécessairement égal à
I, condition fondamentale de l'équilibre ; la totalité
des revenus étant dépensée et constituant
en même temps le coût total des productions,
la dépense totale permet toujours de racheter la
totalité des productions.
Dans cette perspective :
- la liberté des marchés suffit à
assurer l'équilibre : les fonctions de l'Etat doivent
être réduites au minimum ( police, sécurité
: l'Etat gendarme ); la banque n'est qu'un intermédiaire
entre épargnants et investisseurs ; l'essentiel
du jeu économique se déroule en dehors deux,
et c'est pourquoi ils ne figurent pas sur le schéma
;
- dans une logique micro-économique, le salaire
représente essentiellement un coût de production
pour l'employeur. Si le sous-emploi règne, c'est
que le prix du travail est trop élevé par
rapport à sa productivité marginale ( à
la marge, les entreprises ne peuvent embaucher des travailleurs
qui leur coûteraient plus qu'ils ne leur rapporteraient)
; le remède naturel au sous emploi est donc de
laisser le salaire s'abaisser jusqu'au niveau où
la demande des employeurs absorbe la totalité de
la force de travail désireuse de s'employer.
2. Dans le schéma
keynésien, les forces du marché réalisent
un équilibre qui, dans les sociétés
modernes, est, le plus fréquemment, de sous emploi
Nous sommes dans les années 1930. La crise sévit.
Le chômage est important et toutes les expériences
politiques inspirées de la théorie néoclassique
ne font que l'aggraver au lieu de le résoudre.
Aux Etats-Unis, un entrepreneur Henry Ford et, en Grande-Bretagne,
un théoricien John Maynard Keynes, estiment que
cette crise est due à l'insuffisance de la demande.
Les moteurs du développement se sont déplacés
vers la consommation de biens durables (l'automobile,
l'équipement ménager...). C'est en distribuant
des salaires que je permettrai aux ouvriers d'acheter
mes automobiles dit le premier. Ce qu'en 1936 théorise
le second.
Celui-ci se situe au plan d'analyse macro-économique.
Considéré au niveau de la nation, le salaire
n'est pas seulement un coût pour les entreprises,
mais aussi un pouvoir d'achat grâce auquel elles
peuvent vendre leurs productions ( changement de logique
: le tout n'est plus la simple somme des parties qui le
composent). Il faut considérer les agrégats
: la production totale au niveau de la nation est
faite de biens de consommation et d'investissement (C+I)
; pour quelle s'écoule, il faut que la totalité
du revenu R distribué soit dépensé,
c'est-à-dire que l'intégralité de
l'épargne soit investie ( E=I). Mais ce n'est pas
forcément un équilibre de plein emploi.
Pourquoi ? (fig.n°3)
Le régulateur principal, au niveau global, n'est
plus le prix, mais le revenu qui conditionne la
dépense.
Partons dune production C+I=100, à laquelle correspond
la distribution d'un revenu lui-même égal
à 100, (R=C+I=100) défini, par convention,
comme étant de plein emploi. Supposons que les
ménages qui perçoivent ce revenu en thésaurisent
une partie et que celui-ci soit utilisé de la façon
suivante : - C=80,
- E=20, dont :
- I=10
-Th=10.
La demande totale n'est donc plus égale qu'à
C+I=90. Elle est inférieure à la production.
Celle-ci ne s'écoule que dans les limites de la
demande de consommation et d'investissement (C+I=90),
et des stocks d'invendus apparaissent. Les entrepreneurs
révisent donc leurs programmes à la baisse.
Ce faisant, ils emploient moins de main-d'oeuvre et distribuent
moins de revenus. Selon Keynes, c'est l'épargne
qui s'abaissera plus vite que les autres composantes du
revenu. Pour gagner du temps, nous supposerons quelle
s'abaisse seule et d'un seul coup. Nous nous trouvons
donc dans la situation suivante :
C+I=90,
R=90, dont :
- C=80,
- E=10, décomposé en :
- I=10
- Th=0.
La demande totale s'élève alors à
C+I=90=C+I.
Elle est égale à l'offre totale. Le système
est bien en équilibre, mais à un niveau
inférieur à celui de départ (C+I+100)
qui était celui de plein emploi. C'est un équilibre
de sous-emploi.
C'est, selon Keynes, la situation qui tend à prévaloir
dans les années 1930 au sein des économies
les plus riches, pour plusieurs raisons ; essentiellement
: la saturation des besoins, qui limite les débouchés
et abaisse donc la productivité de l'investissement
à la marge ; la demande de capitaux qui élève
les taux d'intérêt et renchérit l'investissement
Pour remédier à ce sous-emploi, il faut
donc stimuler la dépense. C'est l'Etat qui doit
y pourvoir de plusieurs façons :
- redistribution des revenus en faveur des plus pauvres,
dont la propension à consommer est plus forte et
la propension à épargner plus faible;
- création de monnaie, pour stimuler la dépense
et favoriser la baisse des taux d'intérêt;
- salaires élevés;
- investissements publics, sous forme de grands travaux
qui aboutiront à la distribution de revenus stimulant
la demande, et susciteront de nouvelles productions qui,
à leur tour, etc multiplicateur d'investissement.
L'Etat, ici, est interventionniste.
Le système est en crise, mais il peut être
sauvé.
Les travaux de Keynes, mettant l'accent sur le rôle
des agrégats dans la formation de l'équilibre,
sont à l'origine de la comptabilité nationale
dont un des objectifs est de mesurer ces agrégats
: le produit national est le somme des valeurs ajoutées
par les entreprises.
3. Le système
marxien s'ouvre à la sphère sociale et aux
lois de l'évolution
Nous revenons à la seconde moitié du XIXe
siècle : c'est la progression logique des idées
et non l'ordre chronologique qui nous intéresse
ici.
Marx et Engels soulèvent la question de l'épuisement
de la nature, mais ceci ne constitue pas le thème
prioritaire de leur époque
La grande misère ouvrière qui règne
tout au long de la première moitié du siècle
constitue le démenti le plus cinglant à
la première école classique dont certains
auteurs (Dunoyer) poussent le cynisme jusqu'à y
voir une harmonie de plus du système qui oblige
ainsi les hommes à travailler dur pour sortir de
leur condition matérielle déplorable. Aujourd'hui
encore, certains auteurs, comme Gilder aux Etats-Unis,
ne disent pas autre chose.
Dès le XIXe siècle, plusieurs écoles
ont réagi contre les abstractions et l'aspect inhumain
de la pensée libérale et surtout néoclassique
: Owen, Fourier, Sismondi, Saint-Simon, Proudhon, l'école
historique allemande... et surtout Marx et Engels auxquels
nous nous en tiendrons ici.
Il faut d'abord souligner que Marx n'est pas un économiste
du sérail , mais un philosophe marqué par
deux influences :
- d'abord et surtout Hegel, dont il tire la conception
dialectique de l'histoire, en transposant les forces
qui l'impulsent du terrain des idées à celui
des réalités;
- et Feuerbach, autre disciple de Hegel, dont il empruntera
l'idée d'aliénation, qu'il transposera au
coeur de l'économie.
C'est parce que celle-ci lui semble être la source
principale d'aliénation des hommes qu'il en entreprendra
l'étude. Il le fera à travers l'oeuvre de
Ricardo, dont il souligne lui-même la paternité.
Mais si la plupart des mécanismes qu'il adopte
(valeur travail, salaire minimum vital, baisse tendancielle
du taux de profit, dépérissement de l'Etat...)
sont empruntés à l'économie classique,
c'est pour les pousser à l'extrême et montrer
que le système qu'ils sous-tendent repose sur une
contradiction majeure qui le condamne à l'autodestruction.
a. Une contradiction
interne fondamentale : l'inaptitude du système
capitaliste à créer suffisamment de revenus
pour absorber ses propres productions (fig.4)
.
La société se décompose en deux classes
sociales fondamentalement opposées :
- la bourgeoisie capitaliste qui détient et se
transmet héréditairement la propriété
des instruments de production (le capital) ;
- le prolétariat qui ne peut vivre que de la vente
de sa force de travail (simple marchandise comme les autres
dans le système capitaliste) et se trouve elle-même
héréditairement enchaînée à
sa condition.
La loi même du système conduit à l'exploitation
de celui-ci par celle-là :
c'est la loi de la concurrence qui oblige l'entreprise
à vendre ses marchandises au niveau de leur coût
de production mesuré en heures de travail ( le
capital technique lui-même n'est que du travail
incorporé dans de la matière), théorie
de la valeur travail ; et à payer le travail
à son coût de production, lequel est égal
au minimum de subsistances nécessaire à
la reproduction de la force de travail ( salaire minimum
vital).
Jusqu'ici, tout cela est conforme à la théorie
ricardienne classique.
Mais, constate Marx, le travail constitue le seul facteur
de production qui soit capable de produire plus de valeur
qu'il ne lui en faut pour se reproduire.
La loi de la concurrence conduit l'entrepreneur à
exploiter cette caractéristique : si, par exemple,
6 heures suffisent à la force de travail pour se
reproduire, sa valeur travail est de 6 heures et elle
sera payée à ce prix ; mais on la fera travailler
10 heures ; la valeur travail des marchandises quelle
produit est donc de 10 heures ; la différence (10
heures-6 heures = 4 heures constitue la plus value
(qui est à la source du profit) que l'entrepreneur
empochera pour moderniser et développer son entreprise
afin de pouvoir affronter la concurrence.
Le pouvoir d'achat mis en circulation par l'appareil productif
est donc structurellement inférieur à la
valeur des marchandises produites.
Cette situation conduit le système à sa
perte.
b. Cette situation
conduit à l'autodestruction du système.
Chaque entreprise considérée individuellement
a intérêt à se conduire comme il est
dit ci-dessus; à vrai dire elle ne peut y échapper
sous peine de succomber à la concurrence.
Mais toutes considérées globalement créent
une situation de surproduction et de crise qui finira
par emporter le système : l'intérêt
général n'est plus la somme des intérêts
particuliers : la bourgeoisie est son propre fossoyeur
.
De cet état de crise résulte une exacerbation
permanente de la concurrence : les plus puissants éliminent
les plus faibles ; double mouvement de concentration et
de paupérisation.
La concentration se traduit par la substitution progressive
du capital à la force de travail : création
dune armée de réserve du prolétariat
constituant un excédent permanent d'offre de force
de travail dont l'existence pèse de plus en plus
sur le salaire et entretient un mouvement permanent de
paupérisation.
Ce faisant, le système globalement considéré,
en rejetant de son appareil productif la force de travail,
tarit du même coup la seule source de la plus value
et du profit: la loi de baisse tendancielle du profit
conduit le système à se chercher de nouveaux
exutoires par l'impérialisme (Rosa Luxenburg,
Lénine...). Mais la même logique produisant
les mêmes effets, cela ne peut que différer
les échéances.
La lutte des classes doit accélérer
cette évolution. Car le prolétariat na pas
à compter sur l'Etat pour le sortir de sa condition
: loin d'être un arbitre neutre et objectif, celui-ci
est l'allié objectif de la classe capitaliste.
Mais, en même temps que la classe bourgeoise se
vide, le prolétariat, de plus en plus nombreux,
apprend à s'organiser. Le rapport de force se modifie
en sa faveur.
Jusqu'au jour où, lorsque cette évolution
étant parvenue à maturité, une
crise, plus violente que les autres - la
crise finale - emportera le système.
Notre objectif ici n'est pas de faire une analyse critique
de chacun de ces systèmes de pensée - il
y faudrait bien plus de temps que celui dont nous disposons-;
mais de dégager les origines et la logique qui
éclairent les grands thèmes du débat
que nous retrouvons au coeurr de la mutation économique
contemporaine.
4- La mutation
contemporaine met au premier plan la relation entre les
trois sphères (économique , sociale et naturelle)
Mutation
Ce n'est pas seulement un dysfonctionnement qui éloigne
provisoirement le système de sa norme (crise),
mais un changement de la norme elle-même, des moteurs
de développement et des mécanismes régulateurs
du système ; il ne s'agit pas, par exemple, de
retrouver le plein emploi défini selon les normes
des Trente glorieuses , mais d'inventer de nouvelles relations
entre l'homme et ses technologies.
La rencontre Pompidou-Nixon aux Açores, en 1971,
symbolise bien la mutation actuelle :
- dune part, le premier exemplaire du Concorde, le magnifique
avion supersonique, marque l'apogée dune phase
de l'évolution dominée par l'énergétique
(il est bourré d'électronique, mais cela
ne saute pas aux yeux du profane...) ; la capacité
de transformation du monde par les hommes débouche
sur la remise en cause des mécanismes régulateurs
de la biosphère : le développement durable
devient une préoccupation ; il soulève la
question de la solidarité intergénérationnelle;
la nature ne peut plus - même par simplification-
être considérée comme un bien libre
;
- d'autre part, un modeste biréacteur, mais au
même moment - et Nixon le sait - la firme Intel
( très petite à l'époque), vient
de commercialiser son premier microprocesseur : émergence
dune nouvelle phase de l'évolution qui sera dominée
par l'informationnel, l'immatériel ( codes, symboles,
réseaux eux-mêmes mis en réseaux :
Internet).... Le monde tout entier, de partout présent
en temps réel.
Portée considérable : l'humanité
sort du néolithique .
Nous nous bornons ici à baliser le terrain, car
les thèmes évoqués doivent faire
l'objet des modules qui suivront.
Changement de
mode d'organisation
Les réseaux, l'interdépendance ; deux conséquences
:
- la globalisation , forme contemporaine de la
mondialisation: les firmes s'organisent en réseaux
entre elles à l'échelle de la planète
;
- la production (le produit national) devient, de plus
en plus, un bien collectif ; exemple de la production
à flux tendus ( le juste à temps ). Les
notions traditionnelles de calcul à la marge
( productivité marginale ou coût marginal
d'un facteur considéré isolément)
sur lesquelles repose encore la théorie économique
traditionnelle, perdent toute pertinence.
Changement de
mode de régulation
- Le marché non plus régulateur mais amplificateur
de déséquilibres ; par ailleurs, la tendance
à la saturation des marchés fait disparaître
la relation du plus au mieux et soulève la question
des finalités de la production .
- La contrepartie productive de chaque facteur ayant disparu,
la question se pose en termes de justice distributive
et non plus commutative.
- Les avantages comparatifs ne sont plus inter-nationaux
: ils ne jouent plus entre nations mais essentiellement
entre firmes transnationales ou entre chacune de celles-ci
et ses propres établissements à l'étranger.
Changement d'arbitrage
La politique libre échangiste ultralibérale
mise en place à partir des années 1980,
libère la sphère financière et provoque
un double déplacement du pouvoir économique
:
- du niveau des Etats à celui de la planète,
- et de la sphère politique à celle des
intérêts privés essentiellement financiers
(Les nouveaux maîtres du monde, au
nombre dune centaine, dit la CNUCED) ;
Une logique de fructification rapide des patrimoines financiers
s'impose à toute l'économie :
- les firmes : influence des fonds de pension, course
productiviste, fusions ...
- les Etats : équilibre et stabilité à
tout prix, au détriment de l'emploi.... La reprise
actuelle pose au système la question de savoir
si, pour des raisons de lutte contre l'inflation, un taux
de chômage inférieur à 8% est acceptable....
Résultats :
à l'échelle nationale : chômage, exclusion,
inégalités croissantes et délabrement
du tissu social;
à l'échelle internationale : marginalisation
et creusement du fossé entre les peuples riches
et les plus pauvres;
Dans la relation avec la nature : mise à sac de
la planète, marchandisation du vivant et du corps
humain.
C'est de ces
considérations que le programme d'Attac tire son
ampleur et sa cohérence.
Le dernier bilan du Conseil scientifique, (juin 2000),
qu'on trouvera dans les dossiers, et auquel on pourra
se reporter, s'efforce de souligner ce lien plus complètement
qu'on ne saurait le faire ici.
- A l'affirmation que c'est le marché et non la
démocratie qui correspond à la nature des
choses, nous opposons que la suprématie des valeurs
socioculturelles implique celle du politique sur l'économique,
en même temps que leur pluralité fonde la
démocratie ; l'affirmation qu'il existe des activités
d'intérêt général irréductibles
aux intérêts privés et à la
logique marchande, la défense donc du service public...
- Les conséquences de l'emprise financière
sur l'ensemble des économies et des sociétés
expliquent l'importance que nous accordons à ce
que soient jugulées les dérives de la sphère
financière : taxe Tobin évidemment, mais
aussi remise en cause de l'autonomie des banques centrales,
réorganisation du système fiscal, refonte
des institutions internationales ; sans cette reprise
en main, rien de profondément durable ne pourra
être fait.
- Mais cela ne dispense cependant pas de mesures plus
spécifiques concernant les conséquences
de la politique ultra libérale menée depuis
20 ans :
- S'agissant des inégalités entre les peuples
: l'annulation de la dette, la reprise de laide publique
internationale, le contrôle des mouvements de capitaux
privés, la protection des agricultures vivrières
par la consécration du droit des peuples à
se nourrir eux-mêmes...
- S'agissant du sous emploi, de la fracture sociale :
la réduction des temps de travail sous des formes
qui ne se limitent pas forcément aux 35 heures
, l'approfondissement de questions sur lesquelles nous
n'avons pas encore réalisé notre accord
: le tiers secteur , le revenu de citoyenneté.
- S'agissant de la biosphère, la lutte contre le
productivisme quantitativiste agricole, l'affirmation
que l'orientation des recherches dans les domaines fondamentaux
du génie génétique ou des OGM - tout
ce qui concerne le vivant - ne doit en aucun cas être
laissé au jeu des intérêts mercantiles
privés, la prise en compte de normes environnementales
venant encadrer le déploiement des mécanismes
marchands...
Dans un monde animé par un mouvement incessant
de destruction créatrice (Joseph Schumpeter,
1941), il ne saurait y avoir de solution définitive
; c'est à un renouvellement permanent des politiques
et des institutions qu'il faut faire face : une politique
réussie est celle qui transforme les choses au
point de supprimer ses raisons d'être. Les amateurs
de systèmes parfaits n'ont jamais su apporter au
monde que la contrainte et le malheur.
Contentons-nous dune lutte incessante et ambitieuse ne
perdant jamais de vue que l'homme, comme dès
le Ve siècle avant Jésus-Christ disait Protagoras,
est la mesure de toutes choses , et que c'est seulement
en lui que l'économie peut trouver son sens.
Module de fomation 1, Université d'attac, par
René Passet
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Courriel
d'information
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Entretiens
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| Sous
Commandant Marcos |
La
veille d'entrer dans la ville de Mexico, après
une marche d'un mois depuis San Christobal, le Sous Commandant
Insurgé Marcos a accordé un entretien à
notre envoyé spécial Louis Zollet.
Entretien
avec Marcos |
|
| Pierre
Bourdieu |
Lors
du rassemblement de Millau "Le monde n'est pas une
marchandise", Pierre Bourdieu, professeur de sociologie
au Collège de France, analyse avec nous l'état
du mouvement social. Entretien avec Chris Arden et Louis
Zollet.
Entretien
avec Pierre Bourdieu |
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| José
Bové |
Depuis
maintenant deux ans, nous suivons les différents
combats de José Bové et de la Confédération
paysanne.
Lien
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| MBS |
Micro
brise le silence (MBS). Le groupe de rap algérien
fait parti des plus engagés de cette jeune génération
d'artistes méditerranéens. Notre reporter
Fabrice Metayer est allé à leur rencontre
pour un entretien à la fois artistique et politique.
Lien
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| Bernard
Cassen / Pascal Lamy |
Bernard
Cassen est président du mouvement Attac. Pascal
Lamy est Commissaire européen au commerce. Les
deux hommes ne partagent pas nécessairement les
mêmes approches socio-économiques du néolibéralisme,
mais ont acceptés de répondre ensemble aux
questions de Louis Zollet et Chris Arden.
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| Susan
George |
La
Présidente de l'Observatoire de la mondialisation
nous éclaire sur les mécanismes de l'oppression
libérale, mais insuffle également une pensée
pour réorienter nos systèmes politiques,
économiques et sociaux, au service des femmes et
des hommes.
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| Taoufik
Ben Brik |
Taoufik
Ben Brik est un des journaliste-écrivain victime
de la répression du régime dictatorial tunisien.
Malgré l'oppression de la milice du président
Ben Ali à l'encontre des militants des droits de
l'homme, des démocrates, des journalistes et des
intellectuels, Taoufik Ben Brik a décidé
de se battre avec son arme favorite : l'écriture
et la parole.
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