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PROGRAMME 2000
Module 2
Taxe Tobin : la monnaie, la bourse et la spéculation
Interventions de Dominique Plihon et Bruno Jetin 

Module 3
L'entreprise et le marché
Interventions de Jacques Nikonoff et Daniel Baudru 

Module 4
Le marché du travail : chômage de masse et plein emploi
Interventions de Thomas Coutrot, Philippe Frémeaux, et Michel Husson 

Module 5
Retraites et épargne salariale : la répartition des revenus
Intervention de Guillaume Duval, Pierre Khalfa et Isaac Johsua

Module 6
Régulations internationales : croissance et inégalités de développement
Interventions de Gustave Massiah et Eric Toussaint 

Module 7
Environnement : économie et écologie
Interventions de Jean-Marie Harribey et Mohamed Larbi Bouguerra 

Colloque de cloture
Commerce international : régulation et enjeux des négociations en cours à l'OMC
Interventions de Nuri Albala, Bernard Cassen, Susan George, et Bernard Maris 

Atelier de réflexion 4
Mondialisation et territoires
Animé par Michelle Dessenne et Daniel Monteux du conseil d'administration d'Attac 

Université d'été 2000 d'attac : Pour une économie au service de l'homme

Première université d'été d'attac
23 au 26 août 2000 , La Ciotat, Bouches du Rhône, France

Pour la première fois depuis sa création, l'Association pour la taxation des transactions financières pour l'aide aux citoyens (Attac) organise ses premières universités d'été; Ambiance studieuse dans la ville de La Ciotat.



COURS DE RENÉ PASSET

Plan détaillé du module 1

Introduction générale
Les approches libérales se situent dans la plus étroite des trois sphères
1 . Pour les néoclassiques, le libre jeu des mécanismes économiques permet de réaliser spontanément l'équilibre optimal du système
Optimal en raison
Comment se forme cet équilibre ?
2. Dans le schéma keynésien, les forces du marché réalisent un équilibre qui, dans les sociétés modernes, est, le plus fréquemment, de sous emploi
3. Le système marxien s'ouvre à la sphère sociale et aux lois de l'évolution
a. Une contradiction interne fondamentale : l'inaptitude du système capitaliste à créer suffisamment de revenus pour absorber ses propres productions
b. Cette situation conduit à l'autodestruction du système.
4- La mutation contemporaine met au premier plan la relation entre les trois sphères (économique , sociale et naturelle)
Mutation
Changement de mode d'organisation
Changement de mode de régulation
Changement d'arbitrage
C'est de ces considérations que le programme d'Attac tire son ampleur et sa cohérence.
 
Introduction générale
 
On partira de la notion la plus générale : Une activité raisonnée de transformation du monde afin de satisfaire les besoins humains .
Raisonnée : tirer dune quantité limitée de ressources, le maximum de satisfactions. On a pu comparer cela à l'art de faire une valise . Robinson lui-même, échoué sur son île, ne fait pas n'importe quoi dans n'importe quel ordre : il assure d'abord sa survie, puis ses besoins de confort, en commençant par les choses les plus importantes.
Afin de satisfaire les besoins humains : l'homme en est donc la finalité et il ne saurait y avoir d'autre mesure du progrès économique que le degré d'accomplissement de cette finalité.
Pour aussi simpliste quelle soit, cette première appréhension permet de comprendre que trois sphères sont en présence :
- la sphère naturelle ( ou biosphère) que l'on transforme,
- la sphère, dite économique où s'effectue cette transformation,
- la sphère humaine (ou socioculturelle) pour laquelle elle s'effectue.
Une relation d'inclusion relie ces trois sphères : l'économique s'inscrit dans l'humain qui, à son tour, appartient à la biosphère (schéma n°1). Il en résulte de très importantes conséquences :
- les activités humaines et naturelles comportent des dimensions extérieures à l'économie et irréductibles à celle-ci : l'économie ne peut donc prétendre les soumettre à sa propre loi ni cependant les ignorer ( cycles bio-géo-chimiques par exemple) sous peine de détruire les supports de sa propre existence ;
- dans ses propres limites, la sphère économique possède (par définition de l'inclusion) les dimensions des sphères auxquelles elle appartient : le travail n'est pas seulement une force qui s'échange sur le marché, mais l'activité dune personne qui a une vie psychique et sociale, et dont l'organisme obéit aux lois de la biologie.
L'économie est donc une activité multidimensionnelle appelant une pensée transdisciplinaire (trans : à travers , ensemble et au-delà ).
Ce n'est vraiment que depuis le milieu du XVIIe siècle, avec François Quesnay (Le Tableau économique, 1758) et l'école physiocratique, que l'économie s'est constituée en corps de pense autonome ; cette école est suivie de l'école libérale à partir de la fin du XVIIIe siècle (Adam Smith, fondateur de l'école : La Richesse des nations,1776) et surtout pendant la première moitié du XIXe : David Ricardo, Malthus, Jean-Baptiste Say, John Stuart Mill... . En même temps se développait une première contestation, que l'on peut qualifier d'humaniste, soit au sein même de l'école classique (Sismondi ) soit dans un premier courant socialiste que Marx qualifiera d'utopiste : Owen, Fourier et surtout Proudhon . Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la pensée marxienne se veut scientifique et se développera à partir du Manifeste communiste (1848) de Marx et Engels ; l'ouvrage fondamental de Marx, Le Capital, sera publié soit du vivant de celui-ci (tome 1 : 1867) soit après sa mort (survenue en 1883), par Engels .
L'école néoclassique fait son apparition dans le dernier quart du XIXe siècle : Carl Menger, William Stanley Jevons, Léon Marie Walras ( Economie pure:1873). Dans les prolongements contemporains de cette école, parmi les auteurs les plus cités, on trouve notamment Hayek et Milton Friedman...
Lors de la crise des années 1930, apparaît La Théorie générale de l'intérêt, de l'emploi et de la monnaie (1936) de Keynes.
Dans la mesure où il s'agit de dégager simplement les conceptions fondamentales qui éclairent les analyses actuelles, nous n'aurons pas ici à remonter au-delà de l'école néoclassique.
 
Les approches libérales se situent dans la plus étroite des trois sphères
 
Walras s'inspire explicitement de la mécanique newtonienne.
La nature, non menacée dans sa reproduction, est un bien libre évacué de la sphère du calcul économique (J.B.Say).
Les niveaux de vie étant proches du minimum vital, le plus apparaît comme étant aussi le mieux (Ricardo et le blé, Vilfredo Pareto et les courbes d'indifférence).
Le problème est l'équilibre. De ce point de vue, deux approches s'affirmeront:
1 . Pour les néoclassiques, le libre jeu des mécanismes économiques permet de réaliser spontanément l'équilibre optimal du système
Optimal en raison :
- de la division du travail (Adam Smith) qui permet à chacun de se spécialiser dans les activités pour lesquelles il est le plus doué, tant au plan national qu'international (dotation en ressources : Ricardo);
- de la concurrence et du mécanisme des prix qui assure spontanément, sur tous les marchés (y compris celui du travail), l'équilibre de l'offre et de la demande au prix le plus bas ; seuls sont exclus ceux qui n'acceptent pas ce prix ( offreurs les moins aptes ou demandeurs les moins motivés) ; il n'y a pas de chômeurs, mais seulement des exclus volontaires qui refusent le salaire auquel on pourrait les employer.
Cette approche est micro-économique, c'est-à-dire que (conformément à la logique de l'horloge, dans laquelle la même logique de la mécanique s'établit à tous les niveaux) elle repose entièrement sur les comportements individuels dont la convergence est censée engendrer l'équilibre général.
Comment se forme cet équilibre ? (fig.2) :
Deux groupes d'agents principaux : les entreprises et les ménages échangent des biens ou des services ( flux réels) contre de l'argent (flux monétaires) ; ces deux flux circulent en sens inverse les uns des autres ( le monétaire est la contrepartie du réel).
- Les entreprises achètent aux ménages leurs services productifs (flux réel) en contrepartie d'un revenu (flux monétaire) ; elles combinent ces moyens de production pour en tirer un produit fini quelles offrent sur le marché.
- Les ménages achètent les marchandises offertes par les entreprises (flux réel) et les paient avec les revenus qu'ils ont perçus (flux monétaires) ;
- Offres et demandes s'équilibrent nécessairement en raison de la conception néoclassique de la monnaie : deux fonctions seulement sont prises en compte (mesure des valeurs , intermédiaire des échanges) ; la fonction de conservation des valeurs est négligée sous prétexte qu'il serait irrationnel de la part des individus de conserver par-devers eux des sommes inutilisées (thésaurisation), alors que, par l'intermédiaire du secteur bancaire, les entreprises leur proposent de les emprunter moyennant un intérêt ; donc les revenus perçus par les ménages sont : soit consommés (C) , soit non consommés (épargne E), et tout ce qui est épargné est prêté pour se trouver investi (I) ; E est donc toujours nécessairement égal à I, condition fondamentale de l'équilibre ; la totalité des revenus étant dépensée et constituant en même temps le coût total des productions, la dépense totale permet toujours de racheter la totalité des productions.
Dans cette perspective :
- la liberté des marchés suffit à assurer l'équilibre : les fonctions de l'Etat doivent être réduites au minimum ( police, sécurité : l'Etat gendarme ); la banque n'est qu'un intermédiaire entre épargnants et investisseurs ; l'essentiel du jeu économique se déroule en dehors deux, et c'est pourquoi ils ne figurent pas sur le schéma ;
- dans une logique micro-économique, le salaire représente essentiellement un coût de production pour l'employeur. Si le sous-emploi règne, c'est que le prix du travail est trop élevé par rapport à sa productivité marginale ( à la marge, les entreprises ne peuvent embaucher des travailleurs qui leur coûteraient plus qu'ils ne leur rapporteraient) ; le remède naturel au sous emploi est donc de laisser le salaire s'abaisser jusqu'au niveau où la demande des employeurs absorbe la totalité de la force de travail désireuse de s'employer.
 
 
2. Dans le schéma keynésien, les forces du marché réalisent un équilibre qui, dans les sociétés modernes, est, le plus fréquemment, de sous emploi
 
Nous sommes dans les années 1930. La crise sévit. Le chômage est important et toutes les expériences politiques inspirées de la théorie néoclassique ne font que l'aggraver au lieu de le résoudre.
Aux Etats-Unis, un entrepreneur Henry Ford et, en Grande-Bretagne, un théoricien John Maynard Keynes, estiment que cette crise est due à l'insuffisance de la demande. Les moteurs du développement se sont déplacés vers la consommation de biens durables (l'automobile, l'équipement ménager...). C'est en distribuant des salaires que je permettrai aux ouvriers d'acheter mes automobiles dit le premier. Ce qu'en 1936 théorise le second.
Celui-ci se situe au plan d'analyse macro-économique. Considéré au niveau de la nation, le salaire n'est pas seulement un coût pour les entreprises, mais aussi un pouvoir d'achat grâce auquel elles peuvent vendre leurs productions ( changement de logique : le tout n'est plus la simple somme des parties qui le composent). Il faut considérer les agrégats : la production totale au niveau de la nation est faite de biens de consommation et d'investissement (C+I) ; pour quelle s'écoule, il faut que la totalité du revenu R distribué soit dépensé, c'est-à-dire que l'intégralité de l'épargne soit investie ( E=I). Mais ce n'est pas forcément un équilibre de plein emploi.
Pourquoi ? (fig.n°3)
Le régulateur principal, au niveau global, n'est plus le prix, mais le revenu qui conditionne la dépense.
Partons dune production C+I=100, à laquelle correspond la distribution d'un revenu lui-même égal à 100, (R=C+I=100) défini, par convention, comme étant de plein emploi. Supposons que les ménages qui perçoivent ce revenu en thésaurisent une partie et que celui-ci soit utilisé de la façon suivante : - C=80,
- E=20, dont :
- I=10
-Th=10.
La demande totale n'est donc plus égale qu'à C+I=90. Elle est inférieure à la production. Celle-ci ne s'écoule que dans les limites de la demande de consommation et d'investissement (C+I=90), et des stocks d'invendus apparaissent. Les entrepreneurs révisent donc leurs programmes à la baisse. Ce faisant, ils emploient moins de main-d'oeuvre et distribuent moins de revenus. Selon Keynes, c'est l'épargne qui s'abaissera plus vite que les autres composantes du revenu. Pour gagner du temps, nous supposerons quelle s'abaisse seule et d'un seul coup. Nous nous trouvons donc dans la situation suivante :
C+I=90,
R=90, dont :
- C=80,
- E=10, décomposé en :
- I=10
- Th=0.
La demande totale s'élève alors à C+I=90=C+I.
Elle est égale à l'offre totale. Le système est bien en équilibre, mais à un niveau inférieur à celui de départ (C+I+100) qui était celui de plein emploi. C'est un équilibre de sous-emploi.
C'est, selon Keynes, la situation qui tend à prévaloir dans les années 1930 au sein des économies les plus riches, pour plusieurs raisons ; essentiellement : la saturation des besoins, qui limite les débouchés et abaisse donc la productivité de l'investissement à la marge ; la demande de capitaux qui élève les taux d'intérêt et renchérit l'investissement
Pour remédier à ce sous-emploi, il faut donc stimuler la dépense. C'est l'Etat qui doit y pourvoir de plusieurs façons :
- redistribution des revenus en faveur des plus pauvres, dont la propension à consommer est plus forte et la propension à épargner plus faible;
- création de monnaie, pour stimuler la dépense et favoriser la baisse des taux d'intérêt;
- salaires élevés;
- investissements publics, sous forme de grands travaux qui aboutiront à la distribution de revenus stimulant la demande, et susciteront de nouvelles productions qui, à leur tour, etc multiplicateur d'investissement.
L'Etat, ici, est interventionniste.
Le système est en crise, mais il peut être sauvé.
Les travaux de Keynes, mettant l'accent sur le rôle des agrégats dans la formation de l'équilibre, sont à l'origine de la comptabilité nationale dont un des objectifs est de mesurer ces agrégats : le produit national est le somme des valeurs ajoutées par les entreprises.
3. Le système marxien s'ouvre à la sphère sociale et aux lois de l'évolution
Nous revenons à la seconde moitié du XIXe siècle : c'est la progression logique des idées et non l'ordre chronologique qui nous intéresse ici.
Marx et Engels soulèvent la question de l'épuisement de la nature, mais ceci ne constitue pas le thème prioritaire de leur époque
La grande misère ouvrière qui règne tout au long de la première moitié du siècle constitue le démenti le plus cinglant à la première école classique dont certains auteurs (Dunoyer) poussent le cynisme jusqu'à y voir une harmonie de plus du système qui oblige ainsi les hommes à travailler dur pour sortir de leur condition matérielle déplorable. Aujourd'hui encore, certains auteurs, comme Gilder aux Etats-Unis, ne disent pas autre chose.
Dès le XIXe siècle, plusieurs écoles ont réagi contre les abstractions et l'aspect inhumain de la pensée libérale et surtout néoclassique : Owen, Fourier, Sismondi, Saint-Simon, Proudhon, l'école historique allemande... et surtout Marx et Engels auxquels nous nous en tiendrons ici.
Il faut d'abord souligner que Marx n'est pas un économiste du sérail , mais un philosophe marqué par deux influences :
- d'abord et surtout Hegel, dont il tire la conception dialectique de l'histoire, en transposant les forces qui l'impulsent du terrain des idées à celui des réalités;
- et Feuerbach, autre disciple de Hegel, dont il empruntera l'idée d'aliénation, qu'il transposera au coeur de l'économie.
C'est parce que celle-ci lui semble être la source principale d'aliénation des hommes qu'il en entreprendra l'étude. Il le fera à travers l'oeuvre de Ricardo, dont il souligne lui-même la paternité. Mais si la plupart des mécanismes qu'il adopte (valeur travail, salaire minimum vital, baisse tendancielle du taux de profit, dépérissement de l'Etat...) sont empruntés à l'économie classique, c'est pour les pousser à l'extrême et montrer que le système qu'ils sous-tendent repose sur une contradiction majeure qui le condamne à l'autodestruction.
 
a. Une contradiction interne fondamentale : l'inaptitude du système capitaliste à créer suffisamment de revenus pour absorber ses propres productions (fig.4) .
 
La société se décompose en deux classes sociales fondamentalement opposées :
- la bourgeoisie capitaliste qui détient et se transmet héréditairement la propriété des instruments de production (le capital) ;
- le prolétariat qui ne peut vivre que de la vente de sa force de travail (simple marchandise comme les autres dans le système capitaliste) et se trouve elle-même héréditairement enchaînée à sa condition.
La loi même du système conduit à l'exploitation de celui-ci par celle-là :
c'est la loi de la concurrence qui oblige l'entreprise à vendre ses marchandises au niveau de leur coût de production mesuré en heures de travail ( le capital technique lui-même n'est que du travail incorporé dans de la matière), théorie de la valeur travail ; et à payer le travail à son coût de production, lequel est égal au minimum de subsistances nécessaire à la reproduction de la force de travail ( salaire minimum vital).
Jusqu'ici, tout cela est conforme à la théorie ricardienne classique.
Mais, constate Marx, le travail constitue le seul facteur de production qui soit capable de produire plus de valeur qu'il ne lui en faut pour se reproduire.
La loi de la concurrence conduit l'entrepreneur à exploiter cette caractéristique : si, par exemple, 6 heures suffisent à la force de travail pour se reproduire, sa valeur travail est de 6 heures et elle sera payée à ce prix ; mais on la fera travailler 10 heures ; la valeur travail des marchandises quelle produit est donc de 10 heures ; la différence (10 heures-6 heures = 4 heures constitue la plus value (qui est à la source du profit) que l'entrepreneur empochera pour moderniser et développer son entreprise afin de pouvoir affronter la concurrence.
Le pouvoir d'achat mis en circulation par l'appareil productif est donc structurellement inférieur à la valeur des marchandises produites.
Cette situation conduit le système à sa perte.
 
b. Cette situation conduit à l'autodestruction du système.
 
Chaque entreprise considérée individuellement a intérêt à se conduire comme il est dit ci-dessus; à vrai dire elle ne peut y échapper sous peine de succomber à la concurrence.
Mais toutes considérées globalement créent une situation de surproduction et de crise qui finira par emporter le système : l'intérêt général n'est plus la somme des intérêts particuliers : la bourgeoisie est son propre fossoyeur .
De cet état de crise résulte une exacerbation permanente de la concurrence : les plus puissants éliminent les plus faibles ; double mouvement de concentration et de paupérisation.
La concentration se traduit par la substitution progressive du capital à la force de travail : création dune armée de réserve du prolétariat constituant un excédent permanent d'offre de force de travail dont l'existence pèse de plus en plus sur le salaire et entretient un mouvement permanent de paupérisation.
Ce faisant, le système globalement considéré, en rejetant de son appareil productif la force de travail, tarit du même coup la seule source de la plus value et du profit: la loi de baisse tendancielle du profit conduit le système à se chercher de nouveaux exutoires par l'impérialisme (Rosa Luxenburg, Lénine...). Mais la même logique produisant les mêmes effets, cela ne peut que différer les échéances.
La lutte des classes doit accélérer cette évolution. Car le prolétariat na pas à compter sur l'Etat pour le sortir de sa condition : loin d'être un arbitre neutre et objectif, celui-ci est l'allié objectif de la classe capitaliste. Mais, en même temps que la classe bourgeoise se vide, le prolétariat, de plus en plus nombreux, apprend à s'organiser. Le rapport de force se modifie en sa faveur.
Jusqu'au jour où, lorsque cette évolution étant parvenue à maturité, une crise, plus violente que les autres - la crise finale - emportera le système.
Notre objectif ici n'est pas de faire une analyse critique de chacun de ces systèmes de pensée - il y faudrait bien plus de temps que celui dont nous disposons-; mais de dégager les origines et la logique qui éclairent les grands thèmes du débat que nous retrouvons au coeurr de la mutation économique contemporaine.
4- La mutation contemporaine met au premier plan la relation entre les trois sphères (économique , sociale et naturelle)
Mutation
Ce n'est pas seulement un dysfonctionnement qui éloigne provisoirement le système de sa norme (crise), mais un changement de la norme elle-même, des moteurs de développement et des mécanismes régulateurs du système ; il ne s'agit pas, par exemple, de retrouver le plein emploi défini selon les normes des Trente glorieuses , mais d'inventer de nouvelles relations entre l'homme et ses technologies.
La rencontre Pompidou-Nixon aux Açores, en 1971, symbolise bien la mutation actuelle :
- dune part, le premier exemplaire du Concorde, le magnifique avion supersonique, marque l'apogée dune phase de l'évolution dominée par l'énergétique (il est bourré d'électronique, mais cela ne saute pas aux yeux du profane...) ; la capacité de transformation du monde par les hommes débouche sur la remise en cause des mécanismes régulateurs de la biosphère : le développement durable devient une préoccupation ; il soulève la question de la solidarité intergénérationnelle; la nature ne peut plus - même par simplification- être considérée comme un bien libre ;
- d'autre part, un modeste biréacteur, mais au même moment - et Nixon le sait - la firme Intel ( très petite à l'époque), vient de commercialiser son premier microprocesseur : émergence dune nouvelle phase de l'évolution qui sera dominée par l'informationnel, l'immatériel ( codes, symboles, réseaux eux-mêmes mis en réseaux : Internet).... Le monde tout entier, de partout présent en temps réel.
Portée considérable : l'humanité sort du néolithique .
Nous nous bornons ici à baliser le terrain, car les thèmes évoqués doivent faire l'objet des modules qui suivront.
 
Changement de mode d'organisation
Les réseaux, l'interdépendance ; deux conséquences :
- la globalisation , forme contemporaine de la mondialisation: les firmes s'organisent en réseaux entre elles à l'échelle de la planète ;
- la production (le produit national) devient, de plus en plus, un bien collectif ; exemple de la production à flux tendus ( le juste à temps ). Les notions traditionnelles de calcul à la marge ( productivité marginale ou coût marginal d'un facteur considéré isolément) sur lesquelles repose encore la théorie économique traditionnelle, perdent toute pertinence.
 
Changement de mode de régulation
- Le marché non plus régulateur mais amplificateur de déséquilibres ; par ailleurs, la tendance à la saturation des marchés fait disparaître la relation du plus au mieux et soulève la question des finalités de la production .
- La contrepartie productive de chaque facteur ayant disparu, la question se pose en termes de justice distributive et non plus commutative.
- Les avantages comparatifs ne sont plus inter-nationaux : ils ne jouent plus entre nations mais essentiellement entre firmes transnationales ou entre chacune de celles-ci et ses propres établissements à l'étranger.
 
Changement d'arbitrage
La politique libre échangiste ultralibérale mise en place à partir des années 1980, libère la sphère financière et provoque un double déplacement du pouvoir économique :
- du niveau des Etats à celui de la planète,
- et de la sphère politique à celle des intérêts privés essentiellement financiers (Les nouveaux maîtres du monde, au nombre dune centaine, dit la CNUCED) ;
Une logique de fructification rapide des patrimoines financiers s'impose à toute l'économie :
- les firmes : influence des fonds de pension, course productiviste, fusions ...
- les Etats : équilibre et stabilité à tout prix, au détriment de l'emploi.... La reprise actuelle pose au système la question de savoir si, pour des raisons de lutte contre l'inflation, un taux de chômage inférieur à 8% est acceptable....
Résultats :
à l'échelle nationale : chômage, exclusion, inégalités croissantes et délabrement du tissu social;
à l'échelle internationale : marginalisation et creusement du fossé entre les peuples riches et les plus pauvres;
Dans la relation avec la nature : mise à sac de la planète, marchandisation du vivant et du corps humain.
C'est de ces considérations que le programme d'Attac tire son ampleur et sa cohérence.
Le dernier bilan du Conseil scientifique, (juin 2000), qu'on trouvera dans les dossiers, et auquel on pourra se reporter, s'efforce de souligner ce lien plus complètement qu'on ne saurait le faire ici.
- A l'affirmation que c'est le marché et non la démocratie qui correspond à la nature des choses, nous opposons que la suprématie des valeurs socioculturelles implique celle du politique sur l'économique, en même temps que leur pluralité fonde la démocratie ; l'affirmation qu'il existe des activités d'intérêt général irréductibles aux intérêts privés et à la logique marchande, la défense donc du service public...
- Les conséquences de l'emprise financière sur l'ensemble des économies et des sociétés expliquent l'importance que nous accordons à ce que soient jugulées les dérives de la sphère financière : taxe Tobin évidemment, mais aussi remise en cause de l'autonomie des banques centrales, réorganisation du système fiscal, refonte des institutions internationales ; sans cette reprise en main, rien de profondément durable ne pourra être fait.
- Mais cela ne dispense cependant pas de mesures plus spécifiques concernant les conséquences de la politique ultra libérale menée depuis 20 ans :
- S'agissant des inégalités entre les peuples : l'annulation de la dette, la reprise de laide publique internationale, le contrôle des mouvements de capitaux privés, la protection des agricultures vivrières par la consécration du droit des peuples à se nourrir eux-mêmes...
- S'agissant du sous emploi, de la fracture sociale : la réduction des temps de travail sous des formes qui ne se limitent pas forcément aux 35 heures , l'approfondissement de questions sur lesquelles nous n'avons pas encore réalisé notre accord : le tiers secteur , le revenu de citoyenneté.
- S'agissant de la biosphère, la lutte contre le productivisme quantitativiste agricole, l'affirmation que l'orientation des recherches dans les domaines fondamentaux du génie génétique ou des OGM - tout ce qui concerne le vivant - ne doit en aucun cas être laissé au jeu des intérêts mercantiles privés, la prise en compte de normes environnementales venant encadrer le déploiement des mécanismes marchands...
Dans un monde animé par un mouvement incessant de destruction créatrice (Joseph Schumpeter, 1941), il ne saurait y avoir de solution définitive ; c'est à un renouvellement permanent des politiques et des institutions qu'il faut faire face : une politique réussie est celle qui transforme les choses au point de supprimer ses raisons d'être. Les amateurs de systèmes parfaits n'ont jamais su apporter au monde que la contrainte et le malheur.
Contentons-nous dune lutte incessante et ambitieuse ne perdant jamais de vue que l'homme, comme dès le Ve siècle avant Jésus-Christ disait Protagoras, est la mesure de toutes choses , et que c'est seulement en lui que l'économie peut trouver son sens.

Module de fomation 1, Université d'attac, par René Passet

 


 

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Entretiens

Sous Commandant Marcos
La veille d'entrer dans la ville de Mexico, après une marche d'un mois depuis San Christobal, le Sous Commandant Insurgé Marcos a accordé un entretien à notre envoyé spécial Louis Zollet.
Entretien avec Marcos

Pierre Bourdieu
Lors du rassemblement de Millau "Le monde n'est pas une marchandise", Pierre Bourdieu, professeur de sociologie au Collège de France, analyse avec nous l'état du mouvement social. Entretien avec Chris Arden et Louis Zollet.
Entretien avec Pierre Bourdieu

José Bové
Depuis maintenant deux ans, nous suivons les différents combats de José Bové et de la Confédération paysanne.
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Micro brise le silence (MBS). Le groupe de rap algérien fait parti des plus engagés de cette jeune génération d'artistes méditerranéens. Notre reporter Fabrice Metayer est allé à leur rencontre pour un entretien à la fois artistique et politique.
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Bernard Cassen / Pascal Lamy
Bernard Cassen est président du mouvement Attac. Pascal Lamy est Commissaire européen au commerce. Les deux hommes ne partagent pas nécessairement les mêmes approches socio-économiques du néolibéralisme, mais ont acceptés de répondre ensemble aux questions de Louis Zollet et Chris Arden.
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Susan George
La Présidente de l'Observatoire de la mondialisation nous éclaire sur les mécanismes de l'oppression libérale, mais insuffle également une pensée pour réorienter nos systèmes politiques, économiques et sociaux, au service des femmes et des hommes.
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Taoufik Ben Brik est un des journaliste-écrivain victime de la répression du régime dictatorial tunisien. Malgré l'oppression de la milice du président Ben Ali à l'encontre des militants des droits de l'homme, des démocrates, des journalistes et des intellectuels, Taoufik Ben Brik a décidé de se battre avec son arme favorite : l'écriture et la parole.
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