Torture généralisée au sein
de l'appareil policier.
L'emploi
de la torture par les policiers tunisien ne s'applique pas seulement
aux détenus politiques. Toute personne arrêtée
pour des délits de droit commun risque la torture sous
ses formes plus barbares. Pour Sadri Khiari, l'emploi de la torture
fait système au niveau de l'appareil judiciaire et policier
tunisien. Il nous donne deux exemples avérés de
torture particulièrement atroces. A écouter.
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Les
tribunaux à la botte du pouvoir.
Près
d'une dizaine de milliers de prisonniers politiques ont été
condamnés par des tribunaux tunisien soumis au ministère
de l'intérieur. Sadri Khiari précise que les condamnations
ne sont pas fixées par les juges, sur la base d'enquêtes,
ou en tenant compte d'une quelconque défense des inculpés
: les condamnations sont décidées avant le procès
par le ministère de l'intérieur. Par ailleurs, non
seulement les juges refusent d'enregistrer les plaintes pour torture,
mais ils empêchent les victimes de parler. Lorsque une étudiante,
arrêtée par la police a voulu porter plainte relativement
aux agressions sexuelles qui lui ont été infligées
en prison, les juges l'ont menacés de la poursuivre pour
outrage aux bonnes moeurs. Ce cynisme absolu que se permettent
les juges est cautionné par le ministère de l'intérieur.
Les juges refusent aussi de demander des expertises médicales
que réclament les avocats afin de prouver les traces de
tortures.
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Atteinte
au droit d'association.
Si
on écoute la propagande, il existe plus de 7.000 associations
en Tunisie. Mais sur ces 7.000, à peine 5 sont indépendantes
du pouvoir tunisien. Ce sont l'association tunisienne des femmes
démocrates, la ligue tunisienne des droits de l'homme,
la section tunisienne d'Amnesty International, l'association des
jeunes avocats de Tunisie, le Conseil national pour les libertés,
et quelques autres encore. Ces associations, qui existaient avant
l'établissement du régime policier, ont été
maintenues pour servir de vitrine au pouvoir du Président
Ben Ali. Mais elles sont soigneusement encadrées, et leurs
marges de manoeuvre sont restreintes. Aujourd'hui, il n'est pas
possible de créer une association indépendante.
L'état tunisien n'hésite pas à se mettre
dans l'illégalité en violant ses propres lois, la
constitution de son pays et les traités internationaux
qu'elle a signé. Les personnes désirant créer
une association indépendante sont bloquées dans
leurs démarches administratives, doivent subir des filatures
permanentes, des intimidations, des tracasseries policières,
...
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Pas
de liberté de la presse en Tunisie
Aucune
critique n'est possible dans un journal tunisien. Le journal qui
se permet la moindre nuance par rapport au discours officiel,
est suspendu, interdit, étranglé financièrement.
Depuis plus de dix ans, l'ensemble de la presse tunisienne se
limite à répéter le seul discours des autorités.
Une membre du Conseil national pour les libertés a voulu
créer un organe de presse indépendant. Sa maison
d'édition a été cambriolée à
trois reprises. Tout son matériel de PAO a été
volé, elle a été victime d'agressions physiques,
et aujourd'hui, sa maison d'édition est mise sous scellées
pour trois mois. Sadri Khiari, rappelle que le journaliste Taoufik
Ben Brik a été menacé relativement à
ses positions critiques vis à vis du pouvoir, et que le
régime a tenté de le corrompre. Pour Sadri Khiari,
la politique du pouvoir tunisien repose sur deux piliers : la
menace et la corruption.
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Le
vent tourne, la peur change de camp.
Malgré
la répression, malgré l'atteinte aux libertés,
la situation politique en Tunisie change. Le vent tourne. La peur
n'est plus dans le même camp. Les langues se délient.
Les gens critiquent le pouvoir, critiquent le régime policier,
critiquent la corruption, contestent la politique du Président
Ben Ali. Nous assistons depuis quelques temps à la réactivation
du mouvement démocratique en Tunisie. Sadri Khiari se réjouit
de l'émergence de mouvements populaires de contestation
du pouvoir. En février dernier, rappelle-t-il, dans le
sud du pays, les émeutes de lycéens et de chômeurs
s'en sont pris directement au pouvoir. Les revendications n'étaient
pas seulement corporatistes, mais portaient aussi sur les conditions
de vie, la baisse du pouvoir d'achat, l'emploi, et s'en prenaient
directement au Président Ben Ali. Ses émeutes manifestaient
un malaise général et ont eu un échos favorable
dans l'ensemble de la population. Ces émeutes ont été
brutalement réprimées. Des centaines d'arrestations
ont eu lieues, des dizaines de peines de prison prononcées.
Mais malgré la répression, le mouvement a rebondit
dans le centre de Tunis. Depuis 1990, date de la guerre du Golfe,
aucune manifestation ne s'était tenue dans le centre de
la capitale. C'est pour Sadri Khiari, le signe évident
d'un changement profond dans la population et d'un tournant dans
la vie politique en Tunisie (tout comme la grève générale
des avocats tunisiens qui protestaient contre le passage à
tabac des avocats de Taoufik Ben Brik).
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La
comédie électorale en Tunisie.
Pour
le pouvoir tunisien, organiser des élections avec un seul
candidat n'était pas très crédible. Le Président
Ben Ali a donc désigné deux autres candidats pour
se présenter à l'élection présidentielle
contre lui. Pendant toute la campagne, ces candidats n'ont cessé
de répéter qu'ils ne se présentaient pas
contre le Président Ben Ali, mais juste pour que l'on enregistre
de la pluralité électorale. Le caractère
comique de cette campagne a été l'intervention télévisée
d'un des opposant de Ben Ali. Filmé en gros plan au début
de son intervention, le plan s'élargit progressivement
pour découvrir, en fond, un immense portrait de son supposé
rival, Ben Ali. Le résultat de l'élection a été
de 99,4% pour Ben Ali. No comment.
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Le
régime de Ben Ali nuit à l'étranger
Sadri
Khiari reproche au pouvoir tunisien de ne pas disposer d'une direction
politique, mais d'une seule direction policière. Alors
que le Président Ben Ali reproche aux opposants à
son régime de nuire à l'image de la Tunisie à
l'étranger, Sadri Khiari s'interroge pour savoir qui nuit
à l'image de la Tunisie à l'étranger. Les
militants des droits humains qui défendent des valeurs
universelles, ou le régime qui fait tabasser des journalistes
étrangers et les envoyés de reporters sans frontières.
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Appel
à la résistance et à la solidarité
internationale
Sadri
Khiari insiste sur l'importance des formes les plus élémentaires
de solidarité. Elles sont pour nous de la plus haute importance,
précise-t-il. Une lettre à prisonnier politique,
une carte postale, un coup de fil aux familles, un courrier au
Président, au ministère de l'intérieur, un
e-mail, un fax, tout cela à un impact. La solidarité
internationale donne des ailes aux mouvements démocratiques
et déstabilise le pouvoir policier. Chacun, isolé,
peut apporter une aide fondamentale. Et l'union de ces soutiens
peut changer la donne en Tunisie.
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