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«
Mettre les gouvernements sous contrôle citoyen »
Discours
public de José Bové, lors du rassemblement sur le
Larzac, le10 août 2003
Retranscription
: www.altermondialisation.org
[Télécharger] (Enregistrement sonore au format
MP3 - 15 mn - 5,4 Mo)
»
Il y a trente ans, notre slogan était "Gardarem lou
Larzac". Aujourd'hui, le slogan que nous allons ramener de
ce rassemblement est : "Gardarem la terre". Nous nous
sommes rassemblés ici pendant trois jours pour se mobiliser
et dénoncer l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Vous
savez tous maintenant que l'Organisation mondiale du commerce est
un système totalitaire, un système liberticide. Aujourd'hui,
cette institution multilatérale, qui veut décider
de notre vie quotidienne et de l'avenir de la planète, est
une menace pour tous les peuples du monde. C'est pour ça
que nous nous sommes mobilisés et c'est pour ça que
nous allons continuer ce combat, pour que le sommet de Cancun soit
un échec.
» Aujourd'hui, il faut que nous fassions face aux gouvernements
des 146 pays qui sont à l'OMC et que chaque peuple dise à
son gouvernement : "Nous n'acceptons pas que vous signez à
Cancun". Nous allons mettre tous les gouvernements sous contrôle
citoyen, pour qu'ils retiennent leurs stylos et qu'ils ne signent
pas à Cancun.
» Le sommet qui va s'ouvrir le 9 septembre 2003 à Cancun
est une menace pour tous les peuples. Près de 60% des habitants
de la planète sont des paysans. Aujourd'hui, un milliard
cinq cents millions de paysans sont menacés par les accords
de l'OMC. Aujourd'hui, les pays les plus riches en tête
les Etats-Unis et l'Europe veulent ouvrir les frontières
des pays pour exporter leurs excédents. En faisant cela,
ils menacent la majorité des paysans de la planète.
Aujourd'hui, si l'OMC autorise l'ouverture des frontières
pour l'agriculture, ce sont des centaines de millions de paysans
qui vont être contraints à l'exode et qui vont terminer
dans des bidonvilles, où ils seront pieds et mains liés.
Aujourd'hui, dire non à l'OMC, c'est dire que nous voulons
maintenir à travers le monde entier, des paysans nombreux.
Dire non à l'OMC, c'est dire que nous affirmons un droit
aussi fondamental que les droits de l'homme, qui est le droit à
la souveraineté alimentaire. C'est à dire le droit
pour chaque peuple de se nourrir avec sa propre agriculture, sans
être victimes des multinationales.
» Aujourd'hui, vous le savez, parce que vous en avez débattu
pendant deux jours, il y a un très grand risque dans les
négociations qui s'ouvrent à Cancun pour les services.
Parce qu'on essaie de nous imposer l'Accord général
sur le commerce des services (AGCS). Cela veut dire qu'à
travers ce projet d'accord, ce sont tous les services (l'éducation,
la santé, la culture, l'environnement, l'eau,
) qui
sont menacés par les multinationales. L'objectif de l'OMC
est de faire en sorte que tous ces services, que nous appelons publics,
soient contrôlés par des multinationales. Nous n'acceptons
pas que Vivendi décide de notre sort. Nous devons gérer
l'eau collectivement pour l'intérêt des habitants de
la planète.
» Mais l'OMC, au-delà de l'agriculture, au-delà
des services, est en train de privatiser le monde pour quelques
multinationales. Vous vous êtes mobilisés nombreux,
et je vous en remercie encore, pour soutenir la Confédération
paysanne et pour participer à la lutte contre les Organismes
génétiquement modifiés (OGM). Il est évident
aujourd'hui, et vous le savez (plus personne ne peut l'ignorer),
que les OGM n'ont pour seul objectif que de confisquer le vivant
dans l'intérêt de quelques groupes multinationaux comme
Monsanto, Novartis et les autres. Alors nous disons très
clairement que nous refusons tous les brevets sur le vivant. Nous
allons mener le combat contre les brevets sur le vivant, contre
les brevets sur les médicaments, qui tuent aussi des millions
de personnes à travers la planète.
» Il va falloir continuer ce combat contre les brevets. Aujourd'hui,
l'Europe veut faire en sorte que le moratoire sur les OGM soit levé.
Ça veut dire que le combat n'est pas encore terminé,
que nous pouvons encore les faire reculer. Alors que j'étais
en prison, plusieurs milliers de personnes sont venues signer un
engagement à rentrer dans l'action et à détruire
les OGM. Le combat n'est donc pas terminé. En même
temps que nous luttons contre les brevets sur le vivant, le 1er
septembre 2003, le Parlement européen va discuter pour savoir
si oui ou non, il accepte les brevets sur les logiciels. Si l'Europe
accepte les brevets sur les logiciels, ça veut dire que l'Europe
passe sous les fourches caudines de Bill Gates. Nous refusons la
dictature de Microsoft ici en Europe.
Par rapport à cela, il y a des échéances importantes.
Que ce soient la question de l'agriculture, la question des services,
la question des brevets, il faut qu'on se mobilise. Hier, j'ai interpellé
le premier ministre M. Raffarin. Je le redemande aujourd'hui publiquement
devant vous. Les citoyens ne veulent pas de cet OMC. Les citoyens
veulent donner leurs avis. Nous vous demandons aujourd'hui un débat
public avant le sommet de l'OMC, pour que les citoyens puissent
s'exprimer. Nous demandons à M. Raffarin si oui ou non vous
soutenez le Commissaire européen Pascal Lamy. Vous devez
vous expliquer devant les citoyens. Mais cela, nous le disons aussi
à tous les partis politiques qui vont avoir leurs universités
d'été. Ces universités d'été
ne pourront pas se passer comme si ce rassemblement n'avait pas
eu lieu. C'est nous qui allons fixer les termes du débat.
C'est nous qui fixons le débat.
» Aujourd'hui, c'est le mouvement citoyen, c'est le mouvement
social qui a créé cet événement. Aux
hommes politiques d'assumer leurs responsabilités. Nous allons
entendre, dans les semaines à venir, s'ils ont compris ce
message. Mais en tout cas, nous savons que nous nous sommes mobilisés
et nous allons les obliger à accepter ce débat, sinon,
nous ne saurons pas de quoi sera fait l'avenir. Je vous l'ai dit
hier soir et je pense que cela a été rappelé
dans tous les débats, le sommet de l'OMC se réunit
du 9 au 14 septembre 2003 à Cancun. A partir du 6 septembre,
nous devons être dans la rue. Nous devons mener des actions.
Le 6 septembre sera la première journée contre le
sommet de l'OMC. Du 6 au 14 septembre, nous devons mener des actions,
des manifestations partout sur le territoire. Nous devons mener
des actions contre toutes les multinationales, contre le siège
des multinationales dans nos villes. Nous devons être dans
la rue. Et comme les intermittents, qui poussent tous les soirs
un cri devant les hôtels de ville, nous devons reprendre ce
que font les intermittents et pousser aussi ce cri, pour que la
vie triomphe contre l'OMC.
» Aujourd'hui, la mobilisation se fait contre l'OMC, mais
il faut savoir que la répression du mouvement social continue.
Cela veut dire qu'il faut que nous soyons de plus en plus solidaires
dans les mois à venir, pour répondre aux coups portés
par Sarkozy. Nous savons qu'il faut se mobiliser, parce que le délit
de solidarité existe. Il y a aujourd'hui à Calais
des copains qui sont poursuivis pour délit de solidarité.
Il faut aussi se mobiliser le 17 septembre à Agen, car va
avoir lieu le procès de ceux qui ont mis hors d'état
l'incinérateur de Fumel. Il faut saluer aujourd'hui ceux
qui ont mis hors d'état cet incinérateur. Je vous
invite à venir nombreux, par dizaines de milliers à
Fumel le 17 septembre, pour dire que nous n'acceptons pas cette
industrie qui est en train de nous tuer. Tous ces incinérateurs,
AZF, Total et les autres, qui sont en train de tuer l'avenir des
personnes qui aujourd'hui habitent ce pays. Alors, tous les 17 septembre
à Fumel.
» Dans les mois à venir (certainement septembre ou
octobre, nous n'avons pas encore les dates), plusieurs procès
de faucheurs d'OGM vont avoir lieu. En Isère, en août
1997, a eu lieu la première action contre les OGM. Et bien,
très curieusement, ce printemps, le Président du tribunal
de l'Isère a décidé de poursuivre ces trois
faucheurs. Ça veut dire que nous allons transformer le procès
qui aura lieu à Viennes, en mobilisation générale
contre les OGM. Mais nous allons aussi nous mobiliser, parce que
sept copains, il y a quinze jours, ont été gardés
à vue 48 heures à Versailles, parce qu'ils avaient
aussi détruits un essai OGM. Que ce soit pour un délit
de solidarité, que ce soit Fumel, que ce soit pour les destructions
d'OGM, il faut que nous transformions chacun de ces procès
en tribune de revendication des droits de solidarité et de
résistance.
» Après ces trois jours absolument fantastiques, nous
allons nous quitter. Je crois que je garderai un souvenir extraordinaire
de ces journées. Il y a trente ans, en août 1973, j'avais
vingt ans, et de voir la foule réunie sur le Larzac m'a donné
envie de me battre. Pour moi, j'ai fait le serment ce jour-là
que la résistance n'était pas simplement une journée,
mais qua ça devait être un engagement pour la vie.
J'espère que tous ceux qui auront vécu le Larzac 2003
prendront aussi l'engagement de résister dans leur vie quotidienne
et dans leur vie sociale. C'est parce que nous sommes les plus faibles
que nous allons gagner.
» Globalisons les luttes pour globaliser l'espoir.
» Je reprends la parole deux minutes, pour qu'il n'y ait pas
d'ambiguïtés. Nous avons été des centaines
de milliers sur le Larzac. Ça veut dire que l'avenir, c'est
nous qui allons le construire tous ensembles. Ça veut dire
que chacun d'entre nous est le porte-voix de ce mouvement. Il n'y
a pas qu'une personne qui porte la voix. Je suis un parmi les autres.
Alors, que les gens ne se trompent pas. Je n'ai pas vocation à
représenter le mouvement social à moi tout seul. C'est
tout le monde qui représente le mouvement social. Je suis
un parmi les autres. Que les choses soient claires. Je suis un syndicaliste.
Je suis le porte parole de la Confédération paysanne.
Aux personnes qui voudraient que le porte parole de la Confédération
paysanne se présente à une élection, je dit
NON. Ce n'est pas mon rôle. Il n'est pas question de mélanger
les genres. Aujourd'hui, nous travaillons pour que le mouvement
social ait sa légitimité et que sa parole soit entendue.
Alors, à tous ceux qui font courir les bruits selon lesquels
soi-disant je pourrais me présenter à
telle ou telle élection, qu'elle soit nationale, européenne,
ou je ne sais quoi, je dis d'arrêter de faire courir ces informations.
Parce qu'en disant cela, cela veut dire que vous ne croyez pas dans
le mouvement social autonome. La force, c'est nous tous ensembles.
Discours public de José Bové,
lors du rassemblement sur le Larzac, le10 août 2003
Retranscription : www.altermondialisation.org
[Télécharger]
(Enregistrement sonore au format MP3 - 15 mn - 5,4 Mo)
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