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L'AUTRE SOMMET EUROMÉDITERRANÉEN - 9 novembre 2000, Marseille
Intervention de Yasmine Boudjenah sur la Conférence euroméditerranéenne de Marseille

 

Monsieur le Commissaire, je partage la volonté exprimée de se fixer sans délai la relance du partenariat euro-méditerranéen. Ses initiateurs eux-mêmes le mesurent : le processus de Barcelone est en panne et il est loin d'avoir rempli toutes ses promesses. La résolution proposée est de ce point de vue bien en-deçà de l'ambition affichée.

Les peuples du Sud sont souvent critiques et s'inquiètent de cet échec. Je partage leurs impatiences, voire leurs déceptions et leurs colères devant les lenteurs mais aussi les insuffisances et les premiers dégâts de ce partenariat. Les disparités entre les deux rives de la Méditerranée restent importantes et maintiennent les populations du Sud dans une situation économique et sociale explosive : pauvreté et chômage, notamment chez les jeunes. Le chemin vers la "zone de prospérité partagée" s'est soldé pour l'instant par des accords d'association guidés par des intérêts strictement économiques et financiers, niant les besoins des populations. Celles-ci subissent déjà le poids de la dette, la chute des prix des matières premières, les ajustements structurels imposés. La zone de libre-échange risque d'accentuer considérablement ces déséquilibres, alors que l'urgence appelle au contraire une plus grande collaboration pour répondre aux besoins. Je pense particulièrement aux services publics : au domaine de l'eau, à l'éducation, à la santé, aux transports collectifs ou encore au logement.

Ce partenariat n'aura d'avenir que s'il est l'objet d'étroite coopération avec les représentants des citoyens concernés : associations, ONG, syndicats, l'ensemble de la société civile. Par ailleurs, le rêve de paix sur les deux rives devrait être entendu et exaucé au plus vite. L'engrenage de la violence au Proche-Orient, la guerre menée avec violence et détermination contre la population Palestinienne - à qui Israël continue de refuser son droit à un Etat - menace l'avenir de toute la région, comme l'avenir du partenariat. Les dirigeants palestiniens le demandent expressément : l'Union européenne doit désormais s'engager sans retenue pour faire taire le bruit des balles, encourager le dialogue efficace, militer activement pour l'application des résolutions de l'ONU. La Conférence de Marseille aurait pu être utilisée dans cet esprit.

L'échec relatif de la Charte de paix et de stabilité prouve enfin que la "sécurité" de l'Europe ne peut être obtenue sur la base de la marginalisation du Sud et de la fermeture des frontières.

Le processus appelle à un partage qui soit profitable à tous au Nord comme au Sud. Pour ce faire, entendre les besoins et associer concrètement les populations du Sud est vital. Comme est nécessaire la hausse (et la transparence de l'attribution ) des crédits MEDA.

Ce partenariat devrait être un pas vers une autre conception des échanges mondiaux, basés sur un dialogue à égalité et sur des coopérations bénéfiques à tous les peuples. La volonté de résister au libéralisme bien-pensant et de construire une alternative solidaire prend de la force au Nord comme au Sud. Je l'ai vérifié à Marseille ces derniers jours où de multiples voix se sont exprimées en ce sens à l'intention de la Conférence ministérielle : pour un allègement voire une annulation de la dette, pour substituer au libre-échange des relations de co-développement solidaire, pour la liberté de circulation entre les deux rives, pour le respect et la promotion des droits de l'homme, pour une paix juste.

 

Mardi 14 novembre 2000

Yasmine Boudjenah
Députée européenne

 


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