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Monsieur
le Commissaire, je partage la volonté exprimée
de se fixer sans délai la relance du partenariat
euro-méditerranéen. Ses initiateurs
eux-mêmes le mesurent : le processus de Barcelone
est en panne et il est loin d'avoir rempli toutes
ses promesses. La résolution proposée
est de ce point de vue bien en-deçà
de l'ambition affichée.
Les
peuples du Sud sont souvent critiques et s'inquiètent
de cet échec. Je partage leurs impatiences,
voire leurs déceptions et leurs colères
devant les lenteurs mais aussi les insuffisances et
les premiers dégâts de ce partenariat.
Les disparités entre les deux rives de la Méditerranée
restent importantes et maintiennent les populations
du Sud dans une situation économique et sociale
explosive : pauvreté et chômage, notamment
chez les jeunes. Le chemin vers la "zone de prospérité
partagée" s'est soldé pour l'instant
par des accords d'association guidés par des
intérêts strictement économiques
et financiers, niant les besoins des populations.
Celles-ci subissent déjà le poids de
la dette, la chute des prix des matières premières,
les ajustements structurels imposés. La zone
de libre-échange risque d'accentuer considérablement
ces déséquilibres, alors que l'urgence
appelle au contraire une plus grande collaboration
pour répondre aux besoins. Je pense particulièrement
aux services publics : au domaine de l'eau, à
l'éducation, à la santé, aux
transports collectifs ou encore au logement.
Ce
partenariat n'aura d'avenir que s'il est l'objet d'étroite
coopération avec les représentants des
citoyens concernés : associations, ONG, syndicats,
l'ensemble de la société civile. Par
ailleurs, le rêve de paix sur les deux rives
devrait être entendu et exaucé au plus
vite. L'engrenage de la violence au Proche-Orient,
la guerre menée avec violence et détermination
contre la population Palestinienne - à qui
Israël continue de refuser son droit à
un Etat - menace l'avenir de toute la région,
comme l'avenir du partenariat. Les dirigeants palestiniens
le demandent expressément : l'Union européenne
doit désormais s'engager sans retenue pour
faire taire le bruit des balles, encourager le dialogue
efficace, militer activement pour l'application des
résolutions de l'ONU. La Conférence
de Marseille aurait pu être utilisée
dans cet esprit.
L'échec
relatif de la Charte de paix et de stabilité
prouve enfin que la "sécurité" de l'Europe
ne peut être obtenue sur la base de la marginalisation
du Sud et de la fermeture des frontières.
Le
processus appelle à un partage qui soit profitable
à tous au Nord comme au Sud. Pour ce faire,
entendre les besoins et associer concrètement
les populations du Sud est vital. Comme est nécessaire
la hausse (et la transparence de l'attribution ) des
crédits MEDA.
Ce
partenariat devrait être un pas vers une autre
conception des échanges mondiaux, basés
sur un dialogue à égalité et
sur des coopérations bénéfiques
à tous les peuples. La volonté de résister
au libéralisme bien-pensant et de construire
une alternative solidaire prend de la force au Nord
comme au Sud. Je l'ai vérifié à
Marseille ces derniers jours où de multiples
voix se sont exprimées en ce sens à
l'intention de la Conférence ministérielle
: pour un allègement voire une annulation de
la dette, pour substituer au libre-échange
des relations de co-développement solidaire,
pour la liberté de circulation entre les deux
rives, pour le respect et la promotion des droits
de l'homme, pour une paix juste.
Mardi
14 novembre 2000
Yasmine
Boudjenah
Députée européenne
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